J30 : Fin.

  • Posté par : 29 aoû 2016 - 21:42
  • Par : Olivier

Il y a parfois des larmes qu'on ne retient pas, quand un projet préparé de longue date s'effondre lorsque son moteur lâche prématurément.

Il y a d'autres larmes qu'on retient, peut-être par pudeur, lorsqu'au terme de 17 jours de pédalage, et quelques 1175km, on atteint le panneau « Magescq », village synonyme de terme à cette folle aventure.

 

Les embrassades des grands-parents passées, on réalise. On a terminé. Cette étape de 100km, heureusement en grande partie à l'ombre, était donc la dernière cette année. La dernière avec Jack, qui cette fois a tenu bon jusqu'au bout.

 

Les derniers kilomètres ont été l'occasion ultime de se remémorer tous ces moments.

De mon premier départ, un peu « à l'arrache », par Versailles puis vers la Normandie ; de ma première nuit chez des inconnus ; de la panne moteur, de ces personnes qui m'ont refusé à manger, ou au contraire qui ont fait plusieurs kilomètres pour m'en ramener.

De mon second départ, de mes CouchSurfings, toujours différents, mais chaque fois enrichissants ; de ces rencontres sur mon vélo, de mes discussions sur mes pneus ; de mes crevaisons ; de mes apéros, de mes barbecues ; de ces retrouvailles parfois ; de ces moments en famille…

Cette montée en puissance tout au long du voyage m'impressionnait chaque jour un peu plus. Le départ du matin n'était plus si dur, la soirée toujours plus profitable. Le beau temps m'a accompagné, tout comme le sourire des gens que je croisais, et qui restait gravé en moi.

 

Et je me rappelle de tous ces prénoms et ces lieux :

Bérengère et Eric, Sandrine et sa famille, Claude, Claudine et Yves, Youssouf au camping de Pithiviers, Elaine et son frère, Duncan et Maddie, Simon et Mélanie (et Natsu), Jérémy, Laura et Will, Chloé, Paul et les autres, Fanny, Môman, Ophélie au camping de Sainte-Cécile, le camping de Marans, Alexandra, Paul, Kevin, Louisette, Brigitte, Guillermo, le camping de Hourtin, Fanny, N'am, Monique, PY et Mémé, et enfin Jean et Thérèse, mes grands-parents.

Mais aussi tous ceux qui n'ont pas de prénom mais qui méritent quand même d'être cités : les Italiens qui m'ont dépanné à ma deuxième crevaison, les Français qui m'ont aidé à ma troisième crevaison, les campeurs qui m'ont donné des échantillons de savon, les campeurs qui m'ont prêté un marteau, les cyclo-touristes qui m'ont indiqué la bonne route à prendre, ou qui m'ont conseillé à moment ou à un autre.

Évidemment, aussi, tous ceux qui m'ont envoyé des messages, qui m'ont appelé, pour me soutenir de loin, ma famille en premier lieu.

Merci aussi à ceux qui m'ont aidé à avoir le vélo, Yoann et l'association Olmo en premier lieu, mais aussi Lucy, et François de NéoVélo, qui m'a sauvé la vie à de nombreuses reprises.

Enfin last but not least, Romain qui par le prêt généreux de sa cave, m'a permis de partir l'esprit tranquille en laissant mes affaires en lieu sûr.

Last night fever

La dernière étape était encore rendue plus difficile par le manque de sommeil. La nuit précédente m'avait réservé quelques franches rigolades.

D'abord, les soirées de camping, ah, les fameuses. Celles où le DJ arrive aisément à passer d'un madison, à la queue leuleu, à la macarena, à du ACDC, puis un slow, sans aucun complexe ; celles où le public, lui aussi largement décomplexé, accompagne chaque chanson par sa choré et son style propre ; celles où les cocktails sont vraiment, mais alors vraiment pas bons ; mais celles où on s'amuse quand même et finalement se laisse prendre au jeu.

Ensuite, les cours de constellations, au bord du lac. « Là, c'est la grande ourse ; tu la rallonge 4 fois vers le haut, et tu as le bout de la petite ourse. Oh, et là, c'est Cassiopée. Et là, c'est… euh, la lune. »

Puis viennent les rencontres « vous auriez pas une clope ? Tenez, un verre de whisky ». Les jeunes de l'emplacement 348. Nous étions au 416.

Puis, l'idée à la con « Hey, et si on escaladait cette barrière pour aller dans la piscine ? Ca serait cool un petit plongeon nocturne ».

Puis, avant même de mettre le petit orteil dans l'eau, la lampe du vigile qui de loin nous crie de sortir de l'enclos.

Puis, le cache-cache jusqu'à l'entrée du camping pour ne pas croiser le vigile.

Qui, loin d'être idiot, nous attendait quand même à notre arrivée. « Venez tous les deux, on va parler cinq minutes ».

Oups.

J'ai plus l'âge de me faire choper comme ça.

« C'est pas bien ce que vous avez fait.

- Oui, on sait, euh, on est désolés.

- Non mais vraiment, c'est vraiment pas bien.

- Oui, euh, on sait, on est vraiment désolés, on voulait juste s'amuser.

- Pour la piscine, je m'en fous moi hein, c'est pour vous que je vous ai dit d'arrêter. Y'a plein de produits chimiques la nuit pour la nettoyer, c'est pas bon pour votre santé.

- Ah. Euh. Merci, alors.

- Vous êtes à quel emplacement ?

- 348 »

Ouais, mauvais réflexe, on a donné celui des jeunes rencontrés auparavant. Pas super fair-play, faut l'avouer. Désolé pour eux.

«  Bon d'accord, rentrez bien, bonne nuit ».

 

Puis, la rentrée au mobile-home dans le noir complet du camping.

Puis, la lampe torche à nouveau : « oh vous êtes perdus ? Vous êtes Ivoiriens ? Y voit rien, ahahaha. Bon, je vous ramène au 348. »

 

Puis, le fou rire. Interminable.

 

Puis la fuite dans la nuit, et le dodo. Il est 4h30.

Comme quoi, les voyages, parfois, ça vous rajeunit de 15 ans.

Et maintenant… que vaiiis-je faiiire ?

Bon, maintenant, je dois rentrer.

Ma meilleure idée jusqu'alors était de trouver un camion sur l'incroyable site WeTruck, premier site de cocamionnage en France. On met le vélo à l'arrière, moi à l'avant, et on arrive à Paris. Easy, pas cher, sympa, …

C'était sans compter la faillite de WeTruck et son arrêt définitif, qui m'ont empêché de réserver le transport.

La SNCF n'ayant aucun service de transport de vélo autre qu'un vélo « standard », il me restait deux choix : la location de camionnette, ou la débrouille.

Ce sera finalement la débrouille ; l'entreprise Lataste récupère le vélo et l'achemine jusque Rungis. Je rentre en TGV à Paris. Je retourne à Rungis et ramène le vélo à Paris.

Tout simplement.

Ensuite, ça sera de l'administratif casse-pieds : trouver un logement. Trouver un boulot.

Trouver une suite à mes idées, et ne surtout pas tomber dans le contrecoup du voyage. Se rappeler mais ne pas être nostalgique, aller de l'avant, continuer sur mes objectifs, et garder le sourire que vous m'avez transmis pendant ce mois d'août.

 

Allez, courage, j'y suis presque.

 

A bientôt.

 

Commentaires

Bonjour Olivier,

Je vois que ton voyage prend fin; en te lisant je constate que tu as pris du bon temps, de mauvaises surprises aussi de temps à autre. Mais maintenant tu semble être un autre; fini pour toi le métro boulot dodo. Toi qui disais encore à ton premier départ, ne pas tenter l'aventure car tu avais peur de l'inconnu, que tu restais sur les clous de peur qu'il t'arrive un problème ou pire encore. Je suis sur maintenant que cet Olivier là, n'est plus!!! Il sait éparpillé au file de ton voyage ou un nouveau Olivier et née. Maintenant tu semble prendre un nouveau départ et j'en suis content pour toi, tu reprend ta vie personnel et professionnel avec une assurance que tu n'avais pas avant, bravo pour cela. J'espère que tu as trouvé ce que tu cherché pendant ce voyage, moi ce que je suis certain c'est que tu regarde les gens avec un autre oeil maintenant...

Bon courage à toi, je te souhaite plein de très bonnes choses et si un jour tu passe par là, tu sais ou me trouver, je serai ravis de te revoir et nous pourrions partager un repas ensemble.

A très bientôt j'espère, un ami.