Jour 3 : Trois p'tits jours et puis s'en vont...

  • Posté par : 1 juil 2016 - 15:41
  • Par : Olivier

Au fond de moi, je sais qu'une des raisons pour laquelle je ne pars pas trop à l'aventure, c'est que j'ai la POISSE. La vraie. Je serais celui pour lequel le parachute ne s'ouvre pas, l'élastique rompt, la bouteille se perce en rando, le shampoing s'ouvre dans le sac, la voiture s'enlise au milieu du désert.
Et celui pour lequel son vélo tomberait en panne au bout de 3 jours de route. Un moteur avec même pas 2000km au compteur, qui lâche subitement : bim, crise cardiaque, point mort.
RIP Jack.
Ca s'est passé à l'arrêt, alors qu'il ne faisait rien. Certes il avait bien roulé le matin, il montrait fièrement ses 45km au compteur de la journée, ravi de m'avoir emmené proche du bon port. Et tandis que je commençais à m'affamer et que je sonnais au portail d'une maison à Droisy dans l'Eure, voilà que Jack lâche l'affaire. Finito, tout le monde dehors, je ne roulerai plus.
Il était pourtant beau ce Jack, vert fluo comme je les aime. Il avait la classe, il avait l'allure, il m'emmenait partout où je voulais. Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers.

Heureusement pour moi que Jack soit loué (comme Dieu). La boutique de vélo devrait arriver peut-être vers 19h30 si tout va bien. Elle emmène un vélo de remplacement, qui n'est pas de la même marque, pas du même modèle. Est-ce que mes affaires tiendront dans ce nouveau vélo ? Est-ce qu'il y aura la possibilité que je l'utilise pour continuer mon aventure ? Je ne sais pas... J'espère. Il serait tellement bête d'abandonner alors que je commençais doucement à choper mon rythme de croisière. 

De la recherche du manger

Oui, ben oui, j'étais là à la base pour quémander de la nourriture aux gentils habitants de Droisy. Le portail où Jack a dit "stop" ne s'étant jamais ouvert, j'ai demandé à un gentil vieux monsieur qui était dans son jardin. "Ah non, j'ai rien, j'ai rien ici". Je m'inquiète du coup pour ce pauvre homme qui n'a pas la moindre miette de nourriture à me proposer dans sa maison... J'espère qu'il s'en sortira. Résultat, je suis posé devant chez lui, et il me surveille régulièrement, sûrement pour voir si j'avais caché des pâtes carbo dans ma sacoche. 

Le saint-sauveur

Oui, cette chronique est très religieuse. 
Il y a des heures où on ne croit plus en grand chose, ni en grand monde. Ce monsieur qui me regarde dépérir devant chez lui, par exemple, ou tous les gens qui n'habitaient pas là, hier. Ou les pannes, ou les problèmes. Ou la faim.
Et puis, pof, parfois comme par magie, apparaissent une Sandrine ou un Claude qui te redonnent envie d'espérer.
Claude est en pré-retraite. A 18 ans, il s'est retrouvé en panne, sur le bord de la route en Losère. Il a fait 60km à pieds pour trouver de quoi se sortir de là. Et pendant 60km, personne ne s'est arrêté pour lui proposer de l'aide, personne ne s'est senti solidaire de ce jeune en bord de la route.
Plus tard, traumatisé par cette affaire, il a croisé une voiture d'une famille avec deux enfants en bas âge en panne. Ni une ni deux, il s'arrête, diagnostique la panne, et propose d'aller chercher les pièces nécessaires chez lui, à 50km de là. Aller-retour, nourriture, boisson, pièces mécaniques, il répare la voiture et nourrit la famille qui peut enfin repartir.
Encore plus tard, il croise un cycliste abandonné sur le bord de la route, tête dans les mains, les yeux rougis par la tristesse de voir un être cher s'en aller si rapidement.
Ce cycliste, c'est moi.
Il me propose d'aller chercher chez lui un sandwich pour me nourrir, et si les secours n'arrivent pas avant tard dans la soirée, de me loger pour la nuit. 
Son fils est charcutier-traiteur, croyez-moi, son sandwich au pâté avec le pain frais de la boulangerie était clairement un des meilleurs que j'ai jamais mangés.
Claude, c'est un peu l'homme généreux qui te montre à quel point beaucoup d'autres sont égoïstes et radins.
Claude, je crois que je m'en rappellerai longtemps.

Suite et fin...

Il est 21h. La camionnette de NéoVélo arrive, avec son bord le bon samaritain Nicolas. Il apportait un autre vélo, le Douze.

Malheureusement, après moult essais, on n'a pas réussi à faire tenir correctement mon caisson sur le Douze. Dans mes critères principaux, il y avait la sécurisation de mes affaires, et le Douze ne comporte pas nativement de caisson fermé. Du coup, après réflexion et pas mal de remords/regrets, je me suis rendu à l'évidence : la première étape de mon aventure s'arrêtait là, et il était préférable que je rentre à Paris avec Nicolas, pour accompagner Jack à la réparation.

J'ai vraiment l'impression d'un projet avorté, d'une envie tuée dans l'oeuf, j'ai le sentiment d'une émancipation complètement ratée. J'ai beau savoir que ce n'est pas ma faute... chaque jour je luttais un peu contre une voix intérieure qui me disait "mais pourquoi tu fais ça ? Rentre !", et chaque jour je réussisais à éteindre cette voix et à continuer. J'avalai les kilomètres. J'étais largement prêt à en faire 65 voire 70 par jour, j'avais trouvé un bon rythme de croisière. Je commençais à me familiariser avec CouchSurfing, et à trouver des lits à l'avance, pour me rassurer.

Et là, l'aventure s'arrête d'un coup, net, d'une pédale qui refuse de tourner.

Merci à tous ceux qui m'ont propose de m'héberger sur Paris, qui m'ont proposé de la compagnie, qui me poussent à recommencer. Je sais que je ne pourrai pas recommencer exactement sous la même forme, que je ne veux pas recommencer à sortir de Paris à/en vélo, qu'il me faudra repenser la chose de façon à ne pas avoir l'impression de refaire deux fois la même route. Je vais prendre les deux trois jours de réflexion nécessaires, et voir si Jack peut être réparé, avant de repartir sur les chemins. Merci encore à vous tous !

Pensées du jour

Oui, pendant les 45km du matin, j'ai eu le temps de penser à deux trois choses.
- Est-ce que cet oiseau qui fait du surplace malgré un battement d'ailes conséquent essaye de me dire qu'il y a du vent contraire ?
- Pourquoi cette limace traverse-t-elle la route ? Pense-t-elle que la forêt est plus verte de l'autre côté ? A-t-elle oublié que parfois, la beauté est juste à côté de chez soi ? 
- La France, c'est beau.
- Les Français, pas toujours.
- L'activité principale de Droisy est-elle de venir regarder le tracteur ramasser le foin dans le champ à côté de l'église ? 
- Pourquoi la vie c'est difficile ?

Photos

Je n'ai pas pu prendre beaucoup de photos encore, j'attendais d'être à Verneuil sur Avre pour prendre des gens en photo discrètement. Mais je suis tombé amoureux d'un champ rouge et bleu, donc je vous montre quand même le peu de photos que j'ai pu récupérer.

Commentaires

Ouai ben hier j'ai failli mettre un commentaire pour te dire bravo et que j'admirais ton inititive et ta performance ...

Heureusement que finalement je n'ai pas eu le temps de le faire. Ca m'aurait fait mal de te faire un compliment pour rien Wink

Ahah ce couillon.

1877 c'est ta date de naissance ? 

Je vais repartir tu sais, tu peux garder ton compliment pour plus tard va, il me fera d'autant plus plaisir ! Juste pour toi je vais pas abandonner et tout lâcher tiens ! 

 

Coucou 'livier,

D'abord, j'aime bien tes photos, et elles sont belles, ces petites fleurs de rien pour des tas de gens, elles font du bien, le long des routes, quand on pédale et que c'est pas aussi simple que cela devrait être... c'est jamais vraiment tout simple, la vie, et ça serait chiant.

(Genre mal au coccyx, par exemple, alors qu'on a décidé de faire des vacances à vélo...). Et oui, c'est la loi de celui qui ne veut pas rester en place, il s'expose à des événements plus ou moins faciles.

Quant à ton périple, pourquoi ne pas recommencer quelque chose avec un vélo sans moteur et avec moins d'affaires à embarquer, aussi ?

Ce sont les gens qui font ça qui pourraient te conseiller. Pas forcément les vendeurs ou loueurs de vélos.

Et pourquoi ne pas faire appel à qqun qui voudrait faire la même chose ? A 2, c'est mieux, des fois (ouais... des fois...).

Garde le moral, je te fais de gros bisous.

Merci beaucoup pour ton commentaire et tes compliments pour mes photos ! 

J'ai envie de faire ce voyage en solitaire, quitte à avoir parfois un peu decompagnie ou quelqu'un qui vient faire une étape avec moi ! 

Par contre j'envisage l'option légère même si ça m'obligerait peut-être à ne pas prendre l'appareil photo... 

Hello Olivier, Je crois que là où tu te diriges il n'y a pas de raccourcis donc un petit détour n'est pas l'excuse pour arrêter.

J'attends la suite de l'aventure avec impatience.

courage

Tonio

 

 

Bonjour Olivier,

Dommage que tu n'aies pu aller au bout de ton périple, poutant tu avais l'air bien motivé. Je me suis doutée qu'il t'était arrivé quelque chose car jeudi soir tu n'as rien publié. Pourtant j'étais bien décidée à te suivre, j'espérais que tu arriverais à bon port pour fêter le 14/07 avec tes amis. Et puis j'étais curieuse de voir comment tout cela allait se passer.

Il est vrai que les gens sont très méfiants et égoïstes également mais avoue que cette situation n'est pas quelque chose de très rependue en France, contrairement aux autres pays. J'avais déjà vu des reportages sur des personnes qui partent faire le tour du monde avec leurs enfants qui plaquent tout, du jour au lendemain, vendant maison pour acheter un camping car et qui partent à l'aventure à la découverte de nouveaux pays, coutumes et surtout pour faire des rencontres. Je les envie car je serai incapable de faire de même, peut être parce que j'aime la sécurité et que je ne suis pas une aventurière.

En tous les cas, je te souhaite d'aller au bout de ton projet, les aléas dans la vie c'est connu il y en a toujours. C'est bien connu qu'il faut se battre pour arriver à ses fins. Bonne continuation et peut être à bientôt pour la suite de ton aventure.

Toc toc Olivier!!! Tu es ou? As tu abandonné ton projet de repartir?

Claude